Le pasteur, le ministère et un travail séculier

La question du travail séculier chez les pasteurs mérite d’être abordée avec sagesse, équilibre et fidélité biblique. Servir l’Église est une grande responsabilité, mais le ministère doit toujours être exercé avec maturité, en tenant compte de la famille, de la vocation et de l’obéissance pratique à la Parole.

Une question importante pour l’Église d’aujourd’hui

Nous avons déjà beaucoup entendu parler du fait de travailler « à plein temps » dans le ministère. Dans plusieurs Églises, il est devenu de plus en plus courant que des pasteurs quittent leurs emplois séculiers pour se consacrer entièrement à l’œuvre du Seigneur. Dans certains contextes, cette décision peut être bonne, nécessaire et même bénéfique pour l’Église. Mais dans d’autres situations, elle peut être prise trop rapidement, sans discernement, sans préparation financière et sans tenir compte des responsabilités familiales du pasteur.

Il est donc important de traiter ce sujet avec équilibre. Il ne faut pas mépriser le pasteur qui travaille de ses mains, comme si son ministère était moins spirituel. Mais il ne faut pas non plus condamner celui qui, dans un contexte légitime, est soutenu par son Église pour se consacrer davantage à l’enseignement, à la prédication, à la prière et au soin pastoral. La question n’est pas simplement : « Est-il plus spirituel de travailler à plein temps dans l’Église ? » La vraie question est plutôt : « Quelle décision honore Dieu, protège la famille du pasteur et édifie réellement l’Église ? »

Le ministère pastoral est une responsabilité sérieuse. Il exige de la doctrine, de la prière, de la vigilance, de l’amour, de la patience, du courage et beaucoup de sacrifices. Mais le ministère ne doit jamais devenir une excuse pour négliger les obligations ordinaires que Dieu donne à chaque homme, particulièrement envers sa famille. Un pasteur peut prendre soin de l’Église, mais il doit aussi prendre soin de son foyer. S’il oublie cette vérité, il risque de construire publiquement tout en détruisant silencieusement ce que Dieu lui a confié à la maison.

L’exemple de l’apôtre Paul à Corinthe

Lorsque nous parlons du travail séculier dans la vie d’un serviteur de Dieu, il est impossible d’ignorer l’exemple de l’apôtre Paul. Dans Actes 18, nous voyons Paul arriver à Corinthe et rencontrer Aquilas et Priscille. Le texte nous dit qu’ils exerçaient le même métier et qu’ils travaillaient ensemble, car leur métier était de fabriquer des tentes.

1 Après ces événements, Paul quitta Athènes et se rendit à Corinthe.

2 Il y trouva un Juif nommé Aquilas, originaire du Pont, récemment arrivé d’Italie avec sa femme Priscille, parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome. Paul se rendit chez eux,

3 et comme il exerçait le même métier, il demeura avec eux et ils travaillaient ensemble, car leur métier était de fabriquer des tentes.

Actes 18

Ce passage est très important, car il montre que le travail manuel ou séculier n’était pas incompatible avec un ministère puissant et fidèle. Paul était apôtre, prédicateur, enseignant, missionnaire et fondateur d’Églises. Pourtant, dans certaines circonstances, il travaillait de ses mains. Il ne considérait pas cela comme une humiliation, mais comme une manière responsable de servir sans être un fardeau inutile pour les autres.

Cela ne signifie pas que Paul rejetait le droit des ministres à recevoir un soutien matériel. Dans d’autres passages, il affirme clairement que ceux qui annoncent l’Évangile peuvent vivre de l’Évangile. Mais Paul montre par son exemple qu’il y a des moments où le serviteur de Dieu peut renoncer volontairement à ce droit pour le bien du témoignage, pour ne pas alourdir une Église ou pour répondre à une situation particulière.

Ainsi, l’exemple de Paul nous protège de deux extrêmes. Le premier extrême consiste à dire que tout pasteur doit obligatoirement quitter son emploi séculier pour être vraiment consacré. Le deuxième consiste à dire qu’un pasteur ne devrait jamais recevoir de soutien de son Église. La Bible présente une approche plus sage : il faut considérer le contexte, les besoins, les responsabilités, la maturité de l’Église et la direction du Seigneur.

Le pasteur doit être raisonnable et prudent

Le pasteur doit être très raisonnable lorsqu’il décide s’il va continuer à travailler ou non dans un emploi séculier. Il ne s’agit pas seulement de dire : « Dieu pourvoira », sans réfléchir aux conséquences. Bien sûr, Dieu pourvoit. Mais la foi biblique n’est pas une excuse pour l’imprudence. Dieu nous appelle aussi à la sagesse, à la planification, à la responsabilité et à la sobriété.

Un pasteur marié doit considérer les besoins de son épouse, de ses enfants et de son foyer. Il ne peut pas utiliser le ministère comme justification pour négliger la sécurité, la stabilité et les nécessités de sa famille. Il est vrai que le ministère exige des sacrifices, mais ces sacrifices ne doivent pas être imposés de manière irresponsable à ceux qui dépendent de lui. La famille du pasteur n’est pas un détail secondaire dans son appel ; elle fait partie de sa première responsabilité devant Dieu.

Il est important de rappeler ce principe : sans foyers solides, il n’y a pas d’Églises solides. Un pasteur qui prêche bien mais néglige sa maison envoie un message contradictoire. Un pasteur qui enseigne la fidélité mais vit dans le désordre familial affaiblit son témoignage. Un pasteur qui demande à l’Église de marcher dans la sagesse doit lui-même pratiquer cette sagesse dans ses décisions économiques et familiales.

La prudence ne signifie pas manquer de foi. Elle signifie appliquer la foi à la réalité. Avant de quitter un emploi, il faut se poser des questions concrètes : l’Église peut-elle réellement soutenir le pasteur ? Ce soutien est-il stable ou seulement émotionnel ? La famille est-elle prête ? Les anciens ou responsables de l’Église ont-ils évalué la situation ? Existe-t-il un plan clair ? La décision est-elle prise avec paix, prière et conseil, ou sous pression ?

Le danger d’une fausse spiritualité

Dans certains milieux, on a présenté le ministère « à plein temps » comme un niveau supérieur de spiritualité. Selon cette idée, le pasteur qui travaille dans un emploi séculier serait moins consacré, moins disponible ou moins dépendant de Dieu. Mais cette manière de penser peut être injuste et non biblique. La consécration ne se mesure pas simplement au fait d’avoir ou non un emploi séculier. Elle se mesure à la fidélité envers Dieu dans les responsabilités qu’Il nous confie.

Un homme peut être employé, entrepreneur, professeur, médecin, ouvrier ou artisan, tout en servant fidèlement l’Église. De même, un homme peut être payé par une Église et pourtant manquer de zèle, de discipline ou d’intégrité. Le statut financier ne garantit pas la fidélité spirituelle. Ce qui compte, c’est le caractère, la doctrine, l’amour pour le troupeau, la capacité à enseigner et l’obéissance à Dieu.

Il faut donc éviter de créer une hiérarchie artificielle entre les pasteurs. Certains servent dans de grandes Églises avec un soutien suffisant. D’autres servent dans de petites assemblées, parfois avec peu de ressources, et doivent travailler pour nourrir leur famille. Les deux situations peuvent honorer Dieu si elles sont vécues avec humilité, sagesse et fidélité.

La vraie spiritualité ne consiste pas à imiter le modèle d’un autre ministère. Elle consiste à discerner ce que Dieu demande dans son propre contexte. Ce qui est sage pour une Église de mille membres ne l’est pas nécessairement pour une petite assemblée de trente personnes. Ce qui est possible dans un pays ou une ville peut ne pas l’être dans un autre. La sagesse pastorale tient compte de la réalité sans abandonner la foi.

Le travail séculier peut être un témoignage

Le travail séculier ne doit pas être vu automatiquement comme un obstacle au ministère. Dans plusieurs cas, il peut devenir un outil précieux entre les mains du Seigneur. Un pasteur qui travaille dans la société reste en contact direct avec les réalités que vivent les membres de son Église : pression professionnelle, fatigue, relations difficiles, tentations, injustice, horaires chargés, responsabilités économiques et défis quotidiens.

Cette proximité peut enrichir son ministère. Il ne parle pas seulement de manière théorique ; il comprend par expérience ce que signifie travailler dans le monde tout en cherchant à rester fidèle à Dieu. Cela peut l’aider à prêcher avec plus de sensibilité, à conseiller avec plus de réalisme et à accompagner les croyants avec plus de compassion.

Le travail séculier peut aussi être un champ missionnaire. Un pasteur qui travaille avec intégrité, ponctualité, honnêteté et humilité rend témoignage à l’Évangile dans un environnement où beaucoup ne fréquentent pas l’Église. Sa manière de traiter ses collègues, de répondre aux difficultés, de gérer les conflits et de faire son travail peut refléter Christ.

Bien sûr, il faut reconnaître que le travail séculier prend du temps et de l’énergie. Il peut limiter la disponibilité du pasteur pour certaines tâches. Mais cela ne signifie pas automatiquement qu’il diminue la valeur de son ministère. Avec une bonne organisation, une équipe responsable et une vision saine de l’Église, le pasteur peut travailler et servir sans que l’un détruise l’autre.

Quand l’Église peut soutenir son pasteur

Dans de nombreux cas, il est vrai que certaines Églises ont la capacité financière de soutenir entièrement leurs pasteurs. Cela peut être une grande bénédiction. Lorsqu’une Église grandit, que les responsabilités pastorales deviennent plus lourdes et que les besoins spirituels demandent une présence plus constante, il peut être sage que le pasteur réduise ou quitte son emploi séculier pour se consacrer davantage à l’œuvre.

Ce soutien permet au pasteur de consacrer plus de temps à l’étude de la Parole, à la préparation des prédications, à la prière, aux visites, au discipulat, à la formation des responsables, à l’accompagnement des familles et à la direction spirituelle de l’Église. Une Église qui peut soutenir dignement son pasteur participe ainsi à l’avancement du ministère.

Cependant, ce soutien doit être fait avec responsabilité. L’Église ne doit pas traiter le pasteur comme un employé ordinaire que l’on évalue seulement par des critères de performance humaine. Mais elle ne doit pas non plus agir sans transparence ni organisation. Le soutien pastoral doit être clair, juste, adapté aux besoins réels et accompagné d’une bonne gestion des ressources de l’Église.

Il est aussi important que l’Église comprenne que soutenir un pasteur ne signifie pas qu’il doit tout faire seul. Même un pasteur à plein temps ne remplace pas le service des membres. L’Église est un corps. Chaque croyant a des dons, des responsabilités et une place dans l’œuvre. Si le pasteur devient le seul à travailler spirituellement, l’Église ne grandit pas sainement.

Quand il est préférable de garder un emploi séculier

Il existe aussi des situations où il est préférable, au moins pour un temps, que le pasteur garde un emploi séculier. Cela peut être le cas lorsque l’Église est petite, lorsque les finances sont instables, lorsque le soutien proposé serait insuffisant pour faire vivre correctement sa famille ou lorsque la décision créerait une pression inutile sur la congrégation.

Dans ces cas, continuer à travailler peut être un acte de sagesse. Ce n’est pas un manque de foi, mais une manière de protéger le foyer, d’éviter les tensions financières et de servir l’Église sans la charger au-delà de ses capacités. L’Église peut continuer à grandir progressivement, tout en développant une culture de générosité, de responsabilité et de soutien mutuel.

Le pasteur doit aussi évaluer son propre état. Certains hommes pensent qu’ils pourront tout porter : travail, famille, prédication, visites, réunions, accompagnement, administration et urgences. Mais personne n’est illimité. Si le pasteur garde un emploi, il doit apprendre à organiser son temps, à déléguer, à former d’autres serviteurs et à ne pas porter seul tout le poids de l’Église.

L’un des grands dangers est l’épuisement. Un pasteur qui travaille toute la semaine et porte seul toutes les responsabilités de l’Église peut finir par négliger sa santé, sa famille ou sa vie spirituelle. Il faut donc que l’Église comprenne aussi sa responsabilité : aider, soutenir, prier, servir et ne pas attendre que le pasteur soit partout à la fois.

La responsabilité de l’Église envers ses serviteurs

Même si un pasteur garde un emploi séculier, l’Église ne doit pas devenir indifférente à ses besoins. Les membres doivent comprendre que le ministère pastoral demande du temps, de l’énergie, de la préparation et un investissement spirituel considérable. Il est injuste de profiter constamment du travail d’un serviteur sans se soucier de sa fatigue, de ses besoins ou de sa famille.

Le Nouveau Testament enseigne l’importance de soutenir ceux qui travaillent dans la Parole. Ce soutien ne sera pas toujours identique dans chaque Église, mais le principe de reconnaissance, de respect et d’aide demeure. Une Église saine ne doit pas exploiter ses responsables spirituels. Elle doit chercher à les encourager, les protéger et les soutenir selon ses possibilités.

Cette solidarité fait partie de la vie chrétienne. L’article Cinq versets qui nous commandent d’aider nos frères en cas de besoin rappelle justement que l’aide fraternelle n’est pas seulement un geste moral, mais une expression concrète de l’amour de Dieu. Ce principe s’applique aussi à la manière dont une Église prend soin de ceux qui la servent.

Il ne s’agit pas de créer une culture de dépendance ou d’abus, mais de vivre l’amour biblique avec maturité. Le pasteur ne doit pas manipuler l’Église pour obtenir un soutien. Et l’Église ne doit pas mépriser les besoins du pasteur sous prétexte qu’il doit « vivre par la foi ». La foi véritable agit avec amour, vérité et responsabilité.

Le pasteur et sa famille

La famille du pasteur doit être prise très au sérieux dans cette discussion. Il est possible qu’un pasteur soit aimé par l’Église, respecté pour ses prédications et apprécié pour son zèle, tout en étant absent émotionnellement ou pratiquement dans son propre foyer. Cela ne doit pas être normalisé. Un homme ne peut pas justifier la négligence de sa famille en disant qu’il est occupé par l’œuvre de Dieu.

Le ministère commence aussi à la maison. L’épouse du pasteur ne doit pas être traitée comme une victime silencieuse du ministère. Les enfants du pasteur ne doivent pas grandir avec l’idée que l’Église a toujours eu la priorité sur eux au point de les priver de la présence, de l’écoute et de l’attention de leur père. Servir l’Église est important, mais prendre soin de sa maison l’est également.

Si un pasteur quitte son emploi séculier sans soutien suffisant, sa famille peut souffrir inutilement. Si, au contraire, il garde un emploi mais ne sait pas équilibrer ses responsabilités, sa famille peut aussi souffrir. Le problème n’est donc pas seulement le choix entre travail séculier et ministère à plein temps. Le problème est la sagesse avec laquelle il organise sa vie devant Dieu.

Un pasteur fidèle doit se poser des questions honnêtes : ma famille est-elle spirituellement accompagnée ? Mon épouse porte-t-elle un poids que je refuse de voir ? Mes enfants ressentent-ils mon amour et ma présence ? Mes décisions ministérielles servent-elles aussi la santé de mon foyer ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles sont profondément pastorales.

Miguel Núñez et l’exemple d’une vocation professionnelle

À notre époque, plusieurs pasteurs ont exercé ou exercent encore une profession séculière tout en servant dans le ministère. L’exemple de Miguel Núñez est souvent mentionné dans le monde hispanophone. Il est connu comme pasteur de l’Église Biblique Internationale, président du ministère Intégrité et Sagesse, et collaborateur dans divers espaces d’enseignement biblique. Mais il est aussi médecin infectiologue et a exercé la médecine pendant plusieurs années.

Cet exemple montre qu’une vocation professionnelle n’est pas nécessairement en opposition avec une vocation ministérielle. Un homme peut être formé dans un domaine, servir la société par son travail et, en même temps, être utile à l’Église. Bien sûr, toutes les situations ne sont pas identiques. Certains ministères deviennent si exigeants qu’un choix doit être fait. Mais il faut éviter de penser que l’appel pastoral annule automatiquement toute autre compétence ou vocation professionnelle.

Dieu peut utiliser l’expérience professionnelle d’un pasteur pour enrichir sa vision, son langage, sa discipline et sa compréhension du monde. Un homme qui connaît le travail, les responsabilités, les pressions et les réalités ordinaires de la société peut parfois mieux accompagner les croyants qui vivent ces mêmes défis.

L’essentiel est que toute vocation soit soumise à Dieu. Que le pasteur soit médecin, enseignant, artisan, ouvrier, entrepreneur ou pleinement soutenu par son Église, il doit chercher à glorifier le Seigneur. Le travail devient alors un lieu de témoignage, de discipline et de service.

Ne pas imiter les autres ministères sans discernement

Un danger fréquent est de vouloir copier le modèle d’autres Églises. Parce qu’un ministère connu soutient plusieurs pasteurs à plein temps, une petite Église peut penser qu’elle doit faire la même chose pour être « sérieuse ». Ou parce qu’un pasteur célèbre a quitté son emploi pour se consacrer totalement à l’œuvre, un autre peut vouloir l’imiter sans avoir le même contexte, les mêmes ressources ni les mêmes responsabilités.

Mais la sagesse chrétienne ne consiste pas à copier mécaniquement. Elle consiste à discerner. Chaque Église a son histoire, sa taille, ses ressources, ses besoins, ses défis et son niveau de maturité. Ce qui fonctionne dans un contexte peut être imprudent dans un autre.

La pression sociale peut être dangereuse. Un pasteur peut se sentir inférieur parce qu’il travaille encore dans un emploi séculier. Une Église peut se sentir coupable de ne pas pouvoir soutenir complètement son responsable. Mais Dieu ne nous appelle pas à vivre sous la comparaison. Il nous appelle à la fidélité.

Il vaut mieux une petite Église qui avance avec sagesse, honnêteté et stabilité, qu’une communauté qui prend des décisions financières impulsives pour imiter une image extérieure. L’œuvre de Dieu n’a pas besoin de paraître grande aux yeux des hommes pour être fidèle devant le Seigneur.

Le ministère pastoral demande aussi de l’aide

Le pasteur ne doit pas porter seul toute l’Église. Dans le Nouveau Testament, nous voyons que l’Église fonctionne comme un corps, avec plusieurs membres et plusieurs dons. Lorsque tout repose sur une seule personne, le ministère devient fragile. Le pasteur s’épuise, les membres restent passifs et l’Église dépend trop d’un seul homme.

Une Église saine doit apprendre à former d’autres serviteurs. Certains peuvent aider dans l’enseignement, d’autres dans la visite, d’autres dans l’administration, d’autres dans la prière, d’autres dans l’accompagnement des nouveaux croyants, d’autres encore dans l’aide aux nécessiteux. Lorsque chacun sert selon ses dons, le fardeau devient plus léger et l’Église grandit plus sainement.

Le pasteur doit donc savoir déléguer. Déléguer n’est pas abandonner ses responsabilités ; c’est reconnaître que Dieu travaille à travers tout le corps. Un pasteur qui veut tout contrôler peut empêcher les autres de mûrir. Un pasteur sage équipe les saints pour l’œuvre du ministère.

Cette dynamique rejoint la nécessité d’être non seulement des auditeurs, mais des pratiquants de la Parole. L’article Soyez des faiseurs de la Parole rappelle que la foi véritable se manifeste dans l’obéissance concrète, et cela inclut le service actif au sein de l’Église.

Le travail n’est pas une malédiction

Il faut aussi corriger une idée parfois présente dans certains milieux : le travail séculier serait inférieur ou moins spirituel que le travail dans l’Église. Cette vision n’est pas équilibrée. Dès la création, avant même la chute, Dieu a placé l’homme dans le jardin pour le cultiver et le garder. Le travail fait partie de la vocation humaine. Après la chute, le travail est devenu pénible, mais il n’a pas cessé d’avoir une valeur devant Dieu.

Un pasteur qui travaille honnêtement ne fait donc pas quelque chose de honteux. Il manifeste une responsabilité. Il montre que l’on peut servir Dieu dans les réalités ordinaires de la vie. Il rappelle aux membres de l’Église que le travail quotidien peut aussi être vécu pour la gloire du Seigneur.

Bien entendu, tout travail n’est pas compatible avec la vocation pastorale. Un emploi qui exige trop de temps, qui empêche totalement le service, qui expose à des compromis constants ou qui détruit la vie familiale peut devenir problématique. Mais le principe général demeure : travailler de ses mains n’est pas un signe de faiblesse spirituelle.

La dignité du travail doit être enseignée dans l’Église. Les croyants doivent comprendre que Dieu est honoré non seulement dans la prédication, mais aussi dans l’honnêteté professionnelle, la fidélité familiale, l’aide fraternelle et les responsabilités quotidiennes vécues devant Lui.

Prendre une décision avec prière et conseil

Si un pasteur envisage de quitter son emploi séculier pour se consacrer davantage au ministère, il doit le faire avec prière et conseil. Une telle décision ne devrait pas être prise dans l’émotion, la fatigue ou l’enthousiasme momentané. Elle doit être examinée avec sérieux.

Il est bon d’en parler avec son épouse, avec les anciens ou responsables de l’Église, avec des pasteurs mûrs et avec des personnes capables de donner un conseil honnête. Il faut aussi évaluer les finances, les besoins réels du ministère, la stabilité de l’Église et les conséquences à long terme.

La prière est indispensable. Le pasteur doit demander au Seigneur de purifier ses motivations. Veut-il quitter son emploi par appel réel, par fatigue, par pression, par désir de reconnaissance ou par comparaison avec d’autres ? L’Église doit aussi prier pour discerner si elle est prête à assumer cette responsabilité.

Dieu n’est pas un Dieu de confusion. Il peut guider Son peuple avec paix, sagesse et clarté. Cela ne signifie pas que tout sera facile, mais que la décision sera prise dans un esprit de dépendance, non d’impulsivité. Une Église qui prie ensemble avant de prendre de telles décisions montre qu’elle reconnaît la souveraineté de Dieu sur son avenir.

Le Dieu qui pourvoit et qui guide

Dans toute cette réflexion, nous devons garder une vérité centrale : Dieu est Celui qui pourvoit. Mais Sa provision ne doit pas être utilisée comme prétexte pour éviter la responsabilité. Dieu peut pourvoir à travers l’Église, à travers un emploi, à travers la générosité des frères, à travers une bonne gestion et à travers des décisions sages.

Dire « Dieu pourvoira » ne signifie pas refuser de travailler, refuser de planifier ou refuser de compter le coût. Dans la Bible, la foi et la sagesse marchent ensemble. Le Seigneur nourrit les oiseaux, mais Il donne aussi à l’homme la responsabilité de travailler. Il dirige Son peuple, mais Il l’appelle aussi à écouter les conseils, à réfléchir et à agir avec prudence.

Cette confiance en Dieu doit donc être équilibrée. Nous croyons que le Seigneur entend, guide et soutient Ses serviteurs. L’article Dieu t’entend rappelle cette vérité précieuse : le croyant peut venir au Seigneur dans la prière, sachant qu’Il écoute les siens dans toutes les saisons.

Un pasteur qui cherche la volonté de Dieu dans ce domaine doit donc prier avec confiance, mais aussi agir avec prudence. Il doit demander au Seigneur de pourvoir, tout en utilisant les moyens ordinaires que Dieu met à sa disposition. La foi authentique ne méprise pas les moyens ; elle les reçoit comme des dons de Dieu.

Questions fréquentes sur le pasteur et le travail séculier

Un pasteur doit-il obligatoirement quitter son emploi séculier ? Non. La Bible ne présente pas cette obligation comme une règle universelle. Certains pasteurs peuvent être soutenus par leur Église, tandis que d’autres peuvent continuer à travailler de leurs mains, selon le contexte, les besoins et les ressources disponibles.

Le fait de travailler dans un emploi séculier diminue-t-il la spiritualité d’un pasteur ? Non. Le travail honnête n’est pas un signe de manque de spiritualité. L’apôtre Paul lui-même a travaillé comme fabricant de tentes dans certaines circonstances. Ce qui compte, c’est la fidélité, le caractère et la responsabilité devant Dieu.

Quand une Église devrait-elle soutenir son pasteur à plein temps ? Lorsqu’elle en a la capacité, lorsque les responsabilités ministérielles le nécessitent, lorsque la décision est prise avec prière, sagesse, transparence et lorsque la famille du pasteur peut être soutenue dignement.

Quels dangers faut-il éviter dans cette décision ? Il faut éviter la pression sociale, l’imitation d’autres ministères, l’orgueil, l’imprudence financière, la négligence familiale et l’idée fausse selon laquelle le ministère à plein temps serait automatiquement plus spirituel.

Conclusion

En fin de compte, qu’un pasteur travaille à plein temps dans le ministère ou qu’il partage son temps entre l’Église et un emploi séculier, ce qui importe réellement, c’est qu’il demeure fidèle à Dieu. Le travail séculier n’est pas nécessairement un obstacle au ministère. Dans plusieurs cas, il peut être un moyen de soutenir sa famille, de servir avec intégrité et de témoigner dans le monde.

D’un autre côté, il existe des circonstances où l’Église peut et doit soutenir davantage son pasteur, afin qu’il se consacre plus pleinement à l’enseignement, à la prédication et au soin du troupeau. Mais cela doit être fait avec sagesse, transparence et responsabilité. Le ministère ne doit jamais être guidé par la comparaison, la pression ou une fausse idée de spiritualité.

Que chaque pasteur examine donc sa situation avec humilité. Qu’il prenne soin de sa famille, qu’il serve l’Église avec amour, qu’il travaille honnêtement si cela est nécessaire, et qu’il reçoive le soutien de l’Église lorsque cela est possible et sage. Le Seigneur connaît les besoins de Ses serviteurs. Il guide, Il pourvoit et Il soutient ceux qui cherchent à Le servir avec un cœur sincère. Car au-dessus de tout, l’objectif n’est pas de défendre un modèle unique, mais de glorifier le Dieu créateur du ciel et de la terre dans la famille, dans le travail et dans l’Église.

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