Les sept paroles du Christ sur la croix. IV : La parole de détresse (A. W. Pink)

Revue de l’éditeur

Nous poursuivons la série de sermons de A. W. Pink intitulée « The Seven Sayings of the Savior on the Cross ». À cette occasion, nous arrivons à la quatrième parole, connue comme la parole d’angoisse, l’une des expressions les plus profondes et solennelles prononcées par notre Seigneur sur la croix.

Dans ces paroles — « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » — nous contemplons le mystère le plus insondable de la rédemption : le moment où Christ, portant le péché de son peuple, expérimente l’abandon judiciaire de Dieu. Ici se révèlent la gravité du péché, la justice divine et le prix infini de notre salut.

Nous invitons le lecteur à s’approcher avec révérence de cet enseignement, où la souffrance du Christ atteint son point culminant, et où l’amour rédempteur se manifeste dans sa forme la plus profonde. Cette parole nous appelle non seulement à contempler, mais à adorer le Sauveur qui a été abandonné afin que nous ne le soyons jamais.


Sermon de A. W. Pink : La parole d’angoisse

« Et vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte, disant : Eli, Eli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27:46).

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

CE SONT DES PAROLES D’UNE SIGNIFICATION ÉTONNANTE. La crucifixion du Seigneur de gloire fut l’événement le plus extraordinaire qui ait jamais eu lieu sur la terre, et ce cri du souffrant fut l’expression la plus frappante de cette scène terrible. Que l’innocence soit condamnée, que l’innocent soit persécuté, qu’un bienfaiteur soit cruellement exécuté, cela n’était pas nouveau dans l’histoire. Depuis le meurtre du juste Abel jusqu’à celui de Zacharie, il y eut une longue liste de martyres. Mais Celui qui était suspendu à cette croix centrale n’était pas un homme ordinaire : Il était le Fils de l’Homme, Celui en qui se réunissaient toutes les perfections — le Parfait. Comme son vêtement, son caractère était « sans couture, tissé d’en haut jusqu’en bas ».

Dans le cas de tous les autres persécutés, il y avait des fautes ou des imperfections qui pouvaient donner à leurs accusateurs un motif quelconque d’accusation. Mais le juge de Celui-ci déclara : « Je ne trouve aucun crime en Lui ».

Et plus encore. Celui qui souffrait n’était pas seulement un homme parfait, mais aussi le Fils de Dieu. Il n’est pas étonnant que l’homme désire détruire Dieu. « L’insensé dit en son cœur : Il n’y a point de Dieu » (Ps. 14:1) ; tel est son désir. Mais ce qui est vraiment étonnant, c’est que Celui qui était Dieu manifesté en chair se soit laissé traiter ainsi par ses ennemis. Il est encore plus surprenant que le Père, qui prenait plaisir en Lui, dont la voix depuis les cieux ouverts avait déclaré : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection », l’ait livré à une mort si honteuse.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce sont des paroles d’une douleur effrayante. Le mot même « abandonné » est l’un des plus tragiques de tout le langage humain. Quelles calamités ce mot évoque-t-il ? Un homme abandonné par ses amis, une épouse abandonnée par son mari, un enfant abandonné par ses parents. Mais une créature abandonnée par son Créateur, un homme abandonné par Dieu — voilà ce qu’il y a de plus terrible ! C’est le mal des maux, la calamité suprême.

Il est vrai que l’homme déchu, dans son état naturel, ne le perçoit pas ainsi. Mais celui qui a appris, ne serait-ce qu’en partie, que Dieu est la somme de toute perfection, la source et le but de toute excellence, celui dont le cri est : « Comme un cerf soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu » (Ps. 42:1), reconnaît la vérité de ces paroles. Le cri des saints de tous les temps a été : « Ne nous abandonne pas, ô Dieu ». Si le Seigneur cache sa face un instant, cela devient insupportable. Si cela est vrai pour les pécheurs rachetés, combien plus pour le Fils bien-aimé du Père !

Celui qui était suspendu à ce bois maudit avait été, depuis toute éternité, l’objet de l’amour du Père. En employant le langage de Proverbes 8, le Sauveur souffrant était Celui qui « était auprès de Lui comme un maître ouvrier », et qui était « ses délices jour après jour ». Sa joie avait été de contempler la face du Père. La présence du Père était sa demeure, son sein son habitation, et sa gloire Il l’avait partagée avant que le monde fût.

Pendant les trente-trois années où le Fils fut sur la terre, Il jouit d’une communion ininterrompue avec le Père. Il n’eut jamais une pensée en désaccord avec l’esprit du Père, ni une volonté différente de la sienne, ni un instant en dehors de sa présence consciente. Que signifiait donc être « abandonné » par Dieu ? Ah ! le retrait du visage de Dieu fut l’élément le plus amer de la coupe que le Père donna au Rédempteur à boire.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce sont des paroles d’une douleur incomparable. Elles marquent le point culminant de ses souffrances. Les soldats l’avaient cruellement ridiculisé ; ils lui mirent une couronne d’épines, le fouettèrent, le frappèrent, crachèrent sur Lui et arrachèrent ses cheveux. Ils le dépouillèrent de ses vêtements et l’exposèrent à la honte publique. Cependant, Il le supporta en silence. Ils percèrent ses mains et ses pieds, mais Il endura la croix en méprisant la honte. La foule l’insultait, et les brigands aussi l’injuriaient, mais Il n’ouvrit pas la bouche. Au milieu de tout ce qu’Il souffrit de la part des hommes, aucun cri ne sortit de ses lèvres.

Mais maintenant, lorsque la colère concentrée du ciel tombe sur Lui, Il crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Voilà un cri qui devrait briser le cœur le plus endurci !

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce sont des paroles d’un profond mystère. Autrefois, l’Éternel n’abandonnait pas son peuple. À maintes reprises, Il fut leur refuge dans la détresse. Lorsque Israël cria en Égypte, Dieu entendit. Lorsqu’ils se trouvèrent devant la mer Rouge, Il les délivra. Lorsque les trois Hébreux furent jetés dans la fournaise, Il était avec eux. Mais ici, sur la croix, s’élève un cri plus profond que tous les précédents — et il n’y a pas de réponse !

Ici se trouve une situation plus terrible que la mer Rouge : des ennemis plus implacables entourent cet homme, et il n’y a pas de délivrance. Ici se trouve un feu plus ardent que la fournaise de Babylone, et il n’y a personne pour l’accompagner. Il est abandonné par Dieu !

Oui, ce cri du Sauveur est profondément mystérieux. Auparavant, Il avait dit : « Père, pardonne-leur », et cela, nous le comprenons. Puis Il dit au brigand : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », et cela aussi nous le comprenons. Ensuite, Il parla à sa mère et à Jean, et cela aussi nous le comprenons. Mais maintenant, Il prononce un cri qui nous laisse sans paroles. David a dit : « Je n’ai jamais vu le juste abandonné », mais ici nous voyons le Juste abandonné.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce sont des paroles de la plus profonde solennité. Ce fut un cri qui fit trembler la terre et résonna dans tout l’univers. Quelle intelligence peut comprendre ce mystère ? Qui peut analyser la signification de ce cri au milieu des ténèbres ?

« Pourquoi m’as-tu abandonné ? » nous introduit dans le lieu très saint. Ici, plus qu’en tout autre endroit, nous devons ôter les sandales de la curiosité humaine. C’est un terrain sacré. Ce n’est pas un lieu pour spéculer, mais pour admirer et adorer.

Mais bien que ces paroles soient d’une signification étonnante, d’une douleur effrayante, d’un profond mystère, d’un pathétique unique et d’une profonde solennité, nous ne sommes pas laissés dans l’ignorance quant à leur signification. Il est vrai que ce cri est profondément mystérieux, mais il a aussi une explication bénie. Les Saintes Écritures ne laissent aucun doute que ces paroles de douleur incomparable sont à la fois la manifestation la plus pleine de l’amour divin et la démonstration la plus solennelle de la justice inflexible de Dieu. Que chaque pensée soit amenée captive à Christ et que nos cœurs soient dûment solennisés en contemplant de plus près cette quatrième parole du Sauveur mourant.

1. Ici nous voyons ce qu’il y a de terrible dans le péché et le caractère de son salaire.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le Seigneur Jésus fut crucifié à midi, et à la lumière du Calvaire tout fut révélé dans son véritable caractère. Là, la nature des choses fut pleinement manifestée. La dépravation du cœur humain — sa haine envers Dieu, sa méchanceté ingrate, son amour pour les ténèbres plutôt que pour la lumière, sa préférence pour un meurtrier au lieu du Prince de la vie — fut clairement exposée. Le caractère terrible du diable — son inimitié contre Dieu, sa haine insatiable contre Christ, son pouvoir d’amener l’homme à trahir le Sauveur — fut entièrement révélé.

De même, les perfections de la nature divine — la sainteté de Dieu, sa justice inflexible, sa colère juste et sa grâce incomparable — furent pleinement manifestées. Et le péché lui-même fut montré dans toute sa méchanceté, sa corruption et sa rébellion. Ici, nous voyons jusqu’où peut aller le péché : il commença comme une autodestruction en Adam, puis comme un meurtre en Caïn, et à la croix il atteint son point culminant dans le déicide : l’homme crucifiant le Fils de Dieu.

Mais nous ne voyons pas seulement la gravité du péché, mais aussi la nature de son salaire. « Le salaire du péché, c’est la mort » (Rom. 6:23). La mort est la conséquence du péché. S’il n’y avait pas eu de péché, il n’y aurait pas eu de mort. Mais qu’est-ce que la mort ? Ce n’est pas seulement la cessation de la vie physique, mais quelque chose de bien plus profond : c’est la mort spirituelle. Le péché sépare l’homme de Dieu, qui est la source de toute vie.

Cela fut vu en Éden. Avant la chute, Adam jouissait de la communion avec Dieu, mais après le péché, il se cacha. Il en fut de même pour Caïn : « Je serai caché loin de ta face » (Genèse 4:14). Le péché exclut de la présence de Dieu. Cela fut enseigné à Israël : bien que Dieu habitât au milieu d’eux, sa présence était voilée dans le lieu très saint, inaccessible sauf au souverain sacrificateur une fois par an.

La mort, donc, n’est pas seulement physique, mais aussi pénale : la séparation de l’âme d’avec Dieu. De même que la mort physique est la séparation de l’âme et du corps, la mort spirituelle est la séparation de l’âme d’avec Dieu. C’est pourquoi, sur la croix, Christ recevait le salaire du péché qui appartenait à son peuple. Il n’avait pas de péché propre, mais Il portait nos péchés. Il souffrait à notre place. Et c’est pourquoi Il cria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Tel sera aussi le destin de ceux qui rejettent Christ : « ils seront punis d’une ruine éternelle, loin de la présence du Seigneur » (2 Thess. 1:9). C’est la seconde mort : non l’anéantissement, mais la séparation éternelle d’avec Dieu. Cette séparation est celle que Christ a subie sur la croix pendant ces heures de ténèbres.

2. Ici nous voyons la sainteté absolue et la justice inflexible de Dieu.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

La tragédie du Calvaire doit être envisagée sous plusieurs angles. Là, l’homme a montré sa méchanceté en crucifiant le Parfait. Satan a montré sa haine en blessant le Fils. Christ a accompli l’œuvre de rédemption en mourant pour les pécheurs. Mais aussi, sur la croix, Dieu a accompli une œuvre : Il a manifesté sa sainteté et satisfait sa justice en déversant sa colère sur Celui qui a été fait péché pour nous.

Qui peut décrire la sainteté de Dieu ? Il est si saint que l’homme ne peut le contempler et vivre. Il est si saint que les cieux ne sont pas purs à ses yeux. Il est si saint que les séraphins couvrent leurs visages. Abraham dit : « Je suis poussière et cendre ». Job dit : « Je me condamne moi-même ». Ésaïe s’écria : « Malheur à moi ! ». Daniel perdit toute sa force en sa présence.

Dieu est si saint qu’Il ne peut regarder le péché. Et puisque Christ portait nos péchés, le Père détourna son visage de Lui. Dieu chargea Christ de nos iniquités, et sa justice exigeait que la colère divine soit déversée sur le substitut. C’est pourquoi le Sauveur fut abandonné.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce fut une question à laquelle aucun de ceux qui se tenaient autour de la croix ne pouvait répondre ; ce fut une question que, à ce moment-là, aucun des apôtres ne pouvait expliquer ; oui, ce fut une question qui avait laissé perplexes même les anges du ciel. Mais le Seigneur Jésus répondit Lui-même à sa propre question, et sa réponse se trouve dans le Psaume 22. Ce psaume offre une merveilleuse vision prophétique de ses souffrances. Le psaume commence par les mêmes paroles que cette quatrième expression de notre Sauveur sur la croix, et se poursuit par de profondes lamentations dans le même ton jusqu’à ce que, au verset 3, nous trouvions ces mots : « Mais toi, tu es saint ». Il ne se plaint pas d’injustice, mais reconnaît la justice de Dieu : tu es saint et juste en exigeant de moi toute la dette dont je suis garant ; je porte tous les péchés de tout mon peuple, et ainsi je te justifie, ô Dieu, en me frappant de ton épée éveillée. Tu es saint ; tu es juste quand tu juges.

À la croix, donc, plus que partout ailleurs, nous voyons la méchanceté infinie du péché et la justice de Dieu dans son châtiment. Le monde ancien fut-il détruit par le déluge ? Sodome et Gomorrhe furent-elles consumées par le feu et le soufre ? Les plaies furent-elles envoyées sur l’Égypte et Pharaon et son armée noyés dans la mer Rouge ? Dans ces événements, nous pouvons voir la culpabilité du péché et la haine de Dieu contre lui ; mais bien plus clairement encore nous le voyons ici, lorsque Christ est abandonné par Dieu.

Va au Golgotha et contemple l’Homme qui est le compagnon de l’Éternel, buvant la coupe de l’indignation de son Père, frappé par l’épée de la justice divine, brisé par le Seigneur lui-même, souffrant jusqu’à la mort, parce que Dieu « n’a pas épargné son propre Fils » lorsqu’Il était suspendu à la place du pécheur.

Observe comment la nature elle-même a anticipé cette terrible tragédie : la forme du terrain semblable à un crâne. Observe la terre tremblant sous le poids de la colère déversée. Observe les cieux lorsque le soleil se retire d’une telle scène et que la terre est couverte de ténèbres. Ici nous voyons la terrible colère d’un Dieu qui punit le péché. Ni tous les jugements de l’Ancien Testament, ni toutes les coupes de colère qui seront encore déversées pendant la grande tribulation, ni les pleurs et les grincements de dents des condamnés dans l’étang de feu n’ont donné, ni ne donneront jamais, une manifestation aussi claire de la justice inflexible et de la sainteté infinie de Dieu, ni de sa haine absolue du péché, que la colère qui s’est enflammée contre son propre Fils sur la croix.

Parce qu’Il supportait le jugement du péché, Il fut abandonné par Dieu. Lui, qui était le Saint, dont l’aversion pour le péché était infinie, qui était la pureté incarnée (1 Jean 3:3), a été fait péché pour nous (2 Cor. 5:21) ; c’est pourquoi Il s’est incliné sous la tempête de la colère divine, dans laquelle s’est manifesté le déplaisir de Dieu contre les innombrables péchés d’une multitude que nul ne peut compter. Telle est donc la véritable explication du Calvaire. Le caractère saint de Dieu ne pouvait faire autrement que de juger le péché, même lorsqu’il se trouvait sur Christ lui-même. À la croix, donc, la justice de Dieu fut satisfaite et sa sainteté pleinement vindiquée.

3. Ici nous voyons l’explication de Gethsémané.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

À mesure que notre bienheureux Seigneur s’approchait de la croix, l’horizon s’assombrissait de plus en plus pour Lui. Dès son enfance, Il avait souffert de la part des hommes ; dès le commencement de son ministère public, Il avait souffert de la part de Satan ; mais sur la croix, Il devait souffrir sous la main de Dieu. L’Éternel lui-même allait frapper le Sauveur, et cela éclipsait tout le reste.

À Gethsémané, Il entra par avance dans les ténèbres de ces trois heures de la croix. C’est pourquoi Il laissa les trois disciples à l’entrée du jardin, car Il devait fouler seul le pressoir. « Mon âme est extrêmement triste », cria-t-Il. Ce n’était pas la peur de la mort physique. Ce n’était pas la pensée de la trahison d’un ami proche, ni l’abandon de ses disciples, ni les insultes, les coups ou les clous qui l’accablaient. Non, tout cela, bien que douloureux, n’était rien comparé à ce qu’Il allait souffrir comme le porteur du péché.

« Alors Jésus arriva avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et Il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici pendant que je vais là-bas pour prier. Et prenant avec Lui Pierre et les deux fils de Zébédée, Il commença à être triste et profondément angoissé. Alors Il leur dit : Mon âme est très triste, jusqu’à la mort ; restez ici et veillez avec moi. Et s’étant avancé un peu plus loin, Il se prosterna sur son visage, priant et disant : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ; toutefois, non pas comme je veux, mais comme toi » (Matthieu 26:36-39).

Ici Il voit les nuages sombres s’élever ; Il contemple la terrible tempête qui s’approche ; Il anticipe l’horreur indescriptible de ces trois heures de ténèbres. « Mon âme est très triste », dit-Il. Le grec est emphatique : Il était entouré de tristesse, complètement submergé dans l’anticipation de la colère de Dieu. Toutes les facultés de son âme étaient ébranlées par l’angoisse.

Marc emploie une autre expression : « Il commença à être saisi d’effroi » (14:33), ce qui indique une intensité telle qu’elle fait trembler tout l’être. Et il ajoute : « et à être profondément angoissé », montrant l’abattement total de son esprit, son cœur fondant devant la coupe qu’Il devait boire.

Mais Luc emploie les termes les plus forts : « Étant en agonie, Il priait plus instamment ; et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre » (Luc 22:44). Le mot grec pour « agonie » implique une lutte intense. Auparavant, Il avait lutté contre les hommes et contre Satan, mais maintenant Il faisait face à la coupe que Dieu Lui donnait. C’était la coupe de la colère pure de Dieu contre le péché.

Cela explique pourquoi Il dit : « S’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ». La coupe symbolise la communion, mais il n’y a pas de communion dans la colère, seulement dans l’amour. Cependant, bien que cela impliquât la séparation, Il dit : « Toutefois, non pas comme je veux, mais comme toi ».

Son angoisse fut si grande que sa sueur fut comme de grosses gouttes de sang. Nous croyons qu’Il a réellement versé du sang. L’accent est mis sur la réalité de cette souffrance. Et le lieu était approprié : Gethsémané, qui signifie « pressoir à huile ». Là, les olives étaient broyées pour en extraire l’essence. De même, le Sauveur fut pressé sous le poids du jugement. Ce fut le prélude de la croix, un lieu d’agonie indescriptible. À Gethsémané, Il commença à boire la coupe ; sur la croix, Il la but jusqu’au bout.

4. Ici nous voyons la fidélité inébranlable du Sauveur envers Dieu.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

L’abandon du Rédempteur par Dieu fut un fait solennel, et une expérience qui ne Lui laissa d’autre soutien que les appuis de sa foi. La position de notre Sauveur sur la croix fut absolument unique. Cela se voit facilement en comparant ses propres paroles durant son ministère public avec celles prononcées sur la croix elle-même. Auparavant, Il avait dit : « Je savais que tu m’exauces toujours » (Jean 11:42) ; maintenant Il crie : « Mon Dieu, je crie le jour, et tu ne réponds pas » (Ps. 22:2). Avant, Il avait dit : « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; le Père ne m’a pas laissé seul » (Jean 8:29) ; maintenant Il crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Maintenant, Il n’avait absolument rien sur quoi s’appuyer, sinon l’alliance et la promesse de son Père ; et dans son cri d’angoisse, sa foi est manifestée. Ce fut un cri de douleur, mais non de défiance. Dieu s’était retiré de Lui, mais remarquez comment son âme s’attache encore à Dieu. Sa foi triompha en s’accrochant à Dieu même au milieu des ténèbres. « Mon Dieu », dit-Il, « mon Dieu », toi en qui il y a une force infinie et éternelle ; toi qui jusqu’ici as soutenu mon humanité, et selon ta promesse as soutenu ton serviteur — oh, ne t’éloigne pas de moi maintenant. Mon Dieu, en toi je m’appuie. Lorsque toutes les consolations visibles et sensibles avaient disparu, le Sauveur recourut au soutien invisible et au refuge de sa foi.

Dans le Psaume 22, la fidélité inébranlable du Sauveur envers Dieu est très évidente. Dans ce précieux psaume, les profondeurs de son cœur sont révélées. Écoutez-Le :

« Nos pères se sont confiés en toi ; ils se sont confiés, et tu les as délivrés. Ils ont crié à toi, et ils ont été délivrés ; ils se sont confiés en toi, et ils n’ont pas été confus. Mais moi, je suis un ver et non un homme ; l’opprobre des hommes et le méprisé du peuple. Tous ceux qui me voient se moquent de moi ; ils ouvrent la bouche, secouent la tête, disant : Il s’est confié en l’Éternel ; qu’Il le délivre ! qu’Il le sauve, puisqu’Il prend plaisir en lui ! Mais toi, tu es celui qui m’a tiré du sein ; tu m’as mis en sécurité dès les mamelles de ma mère. J’ai été remis entre tes mains dès ma naissance ; dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu » (Ps. 22:4-10).

Le même point que ses ennemis tentaient d’utiliser contre Lui était sa foi en Dieu. Ils se moquaient de Lui parce qu’Il se confiait en l’Éternel — s’Il faisait vraiment confiance au Seigneur, le Seigneur le délivrerait. Mais le Sauveur continua à se confier même lorsqu’il n’y eut pas de délivrance ; Il se confia bien qu’Il fût abandonné pour un temps. Il avait été confié à Dieu dès le ventre, et même à l’heure de sa mort, Il est trouvé se confiant en Dieu. Il continue :

« Ne t’éloigne pas de moi, car la détresse est proche ; car il n’y a personne pour m’aider. De nombreux taureaux m’ont entouré ; de forts taureaux de Basan m’ont environné. Ils ouvrent contre moi leur bouche comme un lion qui déchire et rugit. Je suis répandu comme de l’eau, et tous mes os se disjoignent ; mon cœur est comme de la cire, il fond au milieu de mes entrailles. Ma force est desséchée comme un tesson, et ma langue s’attache à mon palais, et tu me réduis à la poussière de la mort. Car des chiens m’ont entouré ; une bande de méchants m’a environné ; ils ont percé mes mains et mes pieds. Je peux compter tous mes os ; eux, ils me regardent et m’observent. Ils se partagent mes vêtements, et ils tirent au sort ma robe. Mais toi, Éternel, ne t’éloigne pas ; toi ma force, hâte-toi de me secourir. Délivre mon âme de l’épée, ma vie du pouvoir du chien » (Ps. 22:11-20).

Job avait dit de Dieu : « Quand même Il me tuerait, je me confierais en Lui » ; et bien que la colère de Dieu contre le péché reposât sur Christ, Il se confia néanmoins. Oui, sa foi fit plus que se confier — elle triompha : « Sauve-moi de la gueule du lion ; et délivre-moi des cornes des buffles » (Ps. 22:21).

Oh, quel exemple le Sauveur a laissé à son peuple ! Il est relativement facile de faire confiance à Dieu lorsque le soleil brille ; l’épreuve vient lorsque tout est obscur. Mais une foi qui ne repose pas en Dieu tant dans l’adversité que dans la prospérité n’est pas la foi des élus de Dieu. Nous devons avoir une foi par laquelle vivre — une foi véritable — si nous voulons avoir une foi par laquelle mourir. Le Sauveur avait été remis à Dieu dès le ventre de sa mère, Il avait fait confiance à Dieu moment après moment pendant ces trente-trois années ; qu’y a-t-il donc d’étonnant qu’à l’heure de la mort Il soit encore trouvé se confiant en Dieu ? Frère chrétien, tout peut être sombre pour toi ; il se peut que tu ne voies plus la lumière du visage de Dieu. La providence semble froncer les sourcils contre toi ; néanmoins, dis encore : « Eli, Eli, mon Dieu, mon Dieu ».

5. Ici nous pouvons voir le fondement de notre salut.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Dieu est saint et ne peut donc regarder le péché. Dieu est juste et juge donc le péché partout où il se trouve. Mais Dieu est aussi amour : Dieu prend plaisir à la miséricorde, et c’est pourquoi la sagesse infinie a conçu un moyen par lequel la justice pouvait être satisfaite et la miséricorde pouvait couler librement vers les pécheurs coupables. Ce moyen fut le chemin de la substitution : le juste souffrant pour les injustes.

Le même Fils de Dieu fut choisi pour être le substitut, car aucun autre n’était suffisant. Par le moyen de Nahum, la question avait été posée : « Qui subsistera devant sa colère ? et qui tiendra ferme dans l’ardeur de son indignation ? » (1:6). Cette question trouva sa réponse dans la personne adorable de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Lui seul pouvait « subsister ». Un seul pouvait supporter la malédiction et néanmoins se relever victorieux sur elle. Un seul pouvait supporter toute la colère vengeresse et néanmoins magnifier la loi et la rendre honorable. Un seul pouvait permettre que son talon soit blessé par Satan et, même dans cette blessure, détruire celui qui avait le pouvoir de la mort.

Dieu s’est saisi d’un homme « puissant » (Ps. 89:19), un qui n’était rien de moins que le compagnon de l’Éternel, le resplendissement de sa gloire, l’image même de sa substance. Ainsi, nous voyons que l’amour sans limites, la justice inflexible et la puissance omnipotente se sont unis pour rendre possible le salut de ceux qui croient.

À la croix, toutes nos iniquités furent mises sur Christ, et c’est pourquoi le jugement divin tomba sur Lui. Il n’y avait aucun moyen de transférer le péché sans en transférer aussi le châtiment. Le péché comme sa peine furent transférés au Seigneur Jésus. À la croix, Christ accomplissait la propitiation, et la propitiation est entièrement tournée vers Dieu. Il s’agissait de satisfaire les exigences de la sainteté de Dieu ; il s’agissait de remplir les exigences de sa justice.

Non seulement le sang de Christ fut versé pour nous, mais aussi pour Dieu : « Il s’est livré lui-même pour nous, comme une offrande et un sacrifice à Dieu en parfum de bonne odeur » (Éphésiens 5:2). Ainsi cela fut préfiguré dans la nuit mémorable de la Pâque en Égypte : le sang de l’agneau devait être là où l’œil de Dieu pouvait le voir — « Et je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous ».

La mort de Christ sur la croix fut une mort de malédiction : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous ; car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois » (Gal. 3:13). La « malédiction » est l’aliénation d’avec Dieu. Cela se voit dans les paroles que Christ dira à ceux qui seront à sa gauche : « Retirez-vous de moi, maudits » (Matthieu 25:41). La malédiction est l’exil loin de la présence et de la gloire de Dieu.

Cela explique le sens de plusieurs types de l’Ancien Testament. Le taureau sacrifié au Jour des Expiations, après que son sang eut été aspergé, était emporté hors du camp et brûlé entièrement (Lévitique 16:27). Le camp était le lieu où Dieu habitait ; être emporté hors du camp signifiait être expulsé de sa présence. Il en était de même pour le lépreux : il devait vivre hors du camp (Lév. 13:46), car il représentait le pécheur.

Nous voyons aussi ici l’antitype du serpent d’airain. Pourquoi Dieu ordonna-t-il d’élever un serpent ? Parce qu’il représentait la malédiction. Ainsi Christ a été fait malédiction pour nous. À la croix, Il accomplissait ces figures : Il était hors du camp, comme le lépreux, fait péché pour nous ; comme le serpent, fait malédiction pour nous.

C’est aussi la raison de la couronne d’épines : symbole de la malédiction. Élevé sur la croix, avec son front entouré d’épines, Il montrait qu’Il portait la malédiction pour nous.

Ici se trouve également la signification des trois heures de ténèbres qui couvrirent la terre comme un manteau de mort. Ce fut une obscurité surnaturelle. Ce n’était pas la nuit, car le soleil était à son zénith. Comme l’a bien dit M. Spurgeon : « C’était minuit à midi ». Ce ne fut pas une éclipse. Des astronomes compétents nous disent qu’au moment de la crucifixion la lune était à son point le plus éloigné du soleil. Mais ce cri de Christ nous donne la signification des ténèbres, tout comme les ténèbres nous donnent la signification de ce cri amer. Une seule chose peut expliquer ces ténèbres, tout comme une seule chose peut interpréter ce cri : que Christ avait pris la place des coupables et des perdus, qu’Il se tenait à la place du porteur du péché, qu’Il supportait le jugement dû à son peuple, que Celui qui n’a pas connu le péché a été fait péché pour nous.

Ce cri fut prononcé afin qu’il nous soit permis de connaître ce qui s’est passé là. Ce fut, pour ainsi dire, la manifestation de l’expiation, car trois est toujours le nombre de la manifestation. Dieu est lumière, et les « ténèbres » sont le signe naturel de son retrait. Le Rédempteur fut laissé seul avec le péché du pécheur : telle fut l’explication des trois heures de ténèbres. De même qu’il y aura sur les condamnés une double misère dans l’étang de feu — la douleur des sens et la douleur de la perte — ainsi aussi, de manière correspondante, Christ souffrit à la fois la colère de Dieu déversée et le retrait de sa présence et de sa communion.

Pour le croyant, la croix est interprétée en Galates 2:20 : « Je suis crucifié avec Christ ». Il fut mon substitut ; Dieu m’a considéré comme un avec le Sauveur. Sa mort fut la mienne. Il fut blessé pour mes transgressions et brisé pour mes iniquités. Le péché n’a pas simplement été mis de côté, mais ôté. Comme quelqu’un l’a dit : « Parce que Dieu a jugé le péché dans le Fils, Il accepte maintenant le pécheur croyant dans le Fils ». Notre vie est cachée avec Christ en Dieu (Col. 3:3). Je suis enfermé en Christ parce que Christ a été exclu de Dieu.

Il a souffert à notre place, ainsi Il a sauvé son peuple ; La malédiction qui est tombée sur sa tête était celle qui nous appartenait de droit. La tempête qui a incliné sa tête bénie est maintenant calmée pour toujours, Et le repos divin est à moi à sa place, tandis que la gloire couronne son front.

Voici donc le fondement de notre salut. Nos péchés ont été portés. Les exigences de Dieu contre nous ont été pleinement satisfaites. Christ a été abandonné par Dieu pour un temps, afin que nous puissions jouir de sa présence pour toujours. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Que chaque âme croyante réponde : Il est entré dans les terribles ténèbres afin que je marche dans la lumière ; Il a bu la coupe de la douleur afin que je boive la coupe de la joie ; Il a été abandonné afin que je sois pardonné.

6. Ici nous voyons la preuve suprême de l’amour de Christ pour nous.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15:13). Mais la grandeur de l’amour de Christ ne peut être estimée que lorsque nous sommes capables de mesurer ce qui était impliqué dans le fait de « donner sa vie ». Comme nous l’avons vu, cela signifiait bien plus que la mort physique, bien que celle-ci fût d’une honte indescriptible et d’une souffrance ineffable. Cela signifiait qu’Il devait prendre notre place et être fait péché pour nous, et ce que cela impliquait ne peut être compris qu’à la lumière de sa personne.

Imagine une femme parfaitement honorable et vertueuse contrainte de vivre pendant un temps parmi les plus vils et impurs. Imagine-la enfermée dans un lieu d’iniquité, entourée d’hommes et de femmes dégradés, sans possibilité de s’échapper. Peux-tu estimer son horreur face au langage obscène, à l’ivrognerie, à l’atmosphère corrompue ? Peux-tu imaginer la souffrance de son âme au milieu d’une telle impureté ? Mais cette illustration est bien insuffisante, car il n’existe aucune femme absolument pure.

Mais Christ, Lui, était pur ; absolument pur. Il était le Saint. Il avait une haine infinie du péché. Il l’abhorrait. Son âme sainte se retirait devant lui. Mais à la croix, toutes nos iniquités furent mises sur Lui, et le péché — cette chose vile — s’enroula autour de Lui comme un serpent horrible. Et pourtant, Il a souffert volontairement pour nous. Pourquoi ? Parce qu’Il nous a aimés : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les a aimés jusqu’à la fin » (Jean 13:1).

Mais il y a plus encore : la grandeur de l’amour de Christ ne peut être estimée que lorsque nous mesurons la colère de Dieu qui fut déversée sur Lui. C’est cela qui fit trembler son âme. Ce que cela signifia pour Lui peut être vu dans les Psaumes, où nous entendons ses cris :

« Sauve-moi, ô Dieu ! Car les eaux sont entrées jusqu’à mon âme. Je m’enfonce dans une boue profonde, où il n’y a point de fond ; je suis entré dans des abîmes d’eaux, et le courant m’a submergé. Je suis fatigué de crier ; ma gorge est desséchée ; mes yeux se consument pendant que j’attends mon Dieu.
Tire-moi de la boue, et que je ne m’enfonce pas ; que je sois délivré de ceux qui me haïssent, et des profondeurs des eaux. Que le flot des eaux ne me submerge pas, que l’abîme ne me dévore pas, et que le puits ne ferme pas sa bouche sur moi.
Ne cache pas ta face à ton serviteur, car je suis dans la détresse ; hâte-toi de m’exaucer. Approche-toi de mon âme, rachète-la ; délivre-moi à cause de mes ennemis. Tu connais mon opprobre, ma honte et mon ignominie ; tous mes adversaires sont devant toi. L’opprobre m’a brisé le cœur, et je suis dans l’abattement ; j’espérais quelqu’un qui eût compassion de moi, mais il n’y en a point ; des consolateurs, et je n’en ai trouvé aucun » (Ps. 69:1-3, 14-15, 17-20).

Et encore : « Un abîme appelle un autre abîme au bruit de tes cataractes ; toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi » (Ps. 42:7). La haine de Dieu contre le péché descendit comme un déluge sur Celui qui portait le péché. Regardant vers la croix, Il cria : « Ne vous touche-t-il en rien, vous tous qui passez par le chemin ? Regardez et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur » (Lam. 1:12).

Ici, nous n’avons qu’un aperçu du horreur indescriptible que le Saint contempla durant ces trois heures, où l’équivalent d’un enfer éternel fut concentré. Le Bien-aimé du Père devait avoir le visage de Dieu caché pour Lui ; Il devait être laissé dans les ténèbres extérieures.

Voici un amour incomparable. « S’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi », cria-t-Il. Mais il n’était pas possible de sauver son peuple s’Il ne buvait pas cette coupe. Et comme il n’y avait personne d’autre qui pouvait la boire, Il la but. Béni soit son nom ! Là où le péché a conduit l’homme, l’amour a conduit le Sauveur.

7. Ici nous voyons la destruction de la fausse espérance.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce cri annonce la condition finale de tout perdu : être abandonné par Dieu. Aujourd’hui, on enseigne faussement que Dieu ne jugera pas. Mais c’est la même chose que le serpent a dit en Éden. Dieu a dit : tu mourras ; le serpent a dit : tu ne mourras pas. Qui avait raison ? Dieu.

Dieu est miséricordieux, mais sa miséricorde a une limite. Le jour de la grâce prendra fin. La mort peut venir à tout moment, et après vient le jugement. Dieu n’agira pas alors avec miséricorde, mais avec justice. « Celui qui ne croit pas sera condamné » (Marc 16:16).

Si Dieu n’a pas épargné son propre Fils lorsqu’Il portait le péché, comment celui qui rejette Christ échappera-t-il ? Si Christ a été abandonné pendant trois heures, l’incrédule sera séparé de Dieu pour toujours.

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ici, il y eut un cri de désolation — lecteur, puisses-tu ne jamais l’expérimenter.

Ici, il y eut un cri de séparation — lecteur, puisses-tu ne jamais le subir.

Ici, il y eut un cri d’expiation — lecteur, approprie-toi son salut.


Conclusion

La parole d’angoisse nous introduit au point le plus profond et le plus solennel de toute l’œuvre rédemptrice de Christ. Ici, nous ne contemplons pas simplement la souffrance physique du Sauveur, mais le mystère insondable de son abandon sous la justice divine. Celui qui avait toujours joui d’une communion parfaite avec le Père est maintenant abandonné, non par défaut propre, mais parce qu’Il portait sur Lui le péché de son peuple.

Dans ce cri — « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » — nous voyons révélées simultanément la gravité infinie du péché et la sainteté parfaite de Dieu. Le péché ne pouvait être ignoré ; il devait être jugé — et il a été jugé en Christ. Là, à la croix, la justice a été satisfaite et la grâce a ouvert son chemin pour sauver les pécheurs. Voilà le fondement solide de notre espérance : Christ a été abandonné afin que nous ne le soyons jamais.

Mais cette parole est aussi un avertissement solennel. Si le Fils de Dieu n’a pas été épargné lorsqu’Il portait le péché, que deviendront ceux qui rejettent son sacrifice ? La croix ne révèle pas seulement l’amour de Dieu, mais aussi son jugement. C’est pourquoi, lecteur, n’endurcis pas ton cœur. Cours à Christ, confie-toi en son œuvre, et reçois le pardon qu’Il a acquis à si grand prix. Et toi, croyant, contemple ce mystère avec révérence, et réponds par une vie d’adoration, de gratitude et de consécration totale à Celui qui a été abandonné par amour pour toi.

Les sept paroles du Christ sur la croix. V : La parole de souffrance (A. W. Pink)
Les sept paroles du Christ sur la croix. III : La parole d’affection (A. W. Pink)

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